Crise de l’euro, indignation et euroscepticisme

Les pays du sud de l’Europe sont fortement frappés par la crise. Des mouvements sociaux s’organisent. Ils n’expriment pas un désir de faire marche arrière dans l’intégration européenne mais demandent un débat sur les choix  politiques opérés. Le risque de l’ignorer est de voir se creuser l’euroscepticisme et la méfiance.

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Affiches appelant à manifester en Espagne contre le pacte Euro-plus le 19 juin 2011 Licence Creative Commons

Sylvie Goulard et Mario Monti ont récemment publié un livre traitant De la démocratie en Europe. Tout en signalant les défauts des démocraties nationales les auteurs, peu suspects d’euroscepticisme, prennent acte des effets de la crise de l’euro sur la légitimité de l’intégration européenne et appellent à construire une Union européenne qui se justifie démocratiquement et donc politiquement face aux citoyens. L’alternative est de voir croître le populisme. La preuve est donnée dans la montée de l’euroscepticisme dans les pays du sud de l’Europe, considérés les plus europhiles jusqu’à présent.

Les mouvements sociaux que connaissent l’Espagne, le Portugal ou la Grèce, fortement frappés par la crise de l’euro, sont-ils une autre preuve de la méfiance croissante des citoyens envers l’UE ? Il faudrait plutôt passer par le paradigme de la défiance démocratique dont parle l’historien Pierre Rosanvallon. Ces mouvements sociaux n’expriment pas seulement une méfiance envers la politique ce qui peut entraîner un danger pour la démocratie à terme. Ils sont aussi l’expression une auto-organisation des citoyens pour faire de la politique autrement à travers le contrôle des représentants et par la mise à l’agenda de propositions, comme le montre le mouvement des indignés en Espagne. À la différence de la simple méfiance, la défiance organisée compte un réel potentiel démocratique.

Ces mouvements sont très critiques vis-à-vis de la gestion de la crise de l’euro. Certes, ils abusent du paradigme de la domination du sud de l’Europe par les capitalistes du nord. Mais quand ces mouvements sont considérés à la lumière de l’indifférence caractérisant le débat sur l’UE dans la plupart des pays du sud –  un consensus mou fondé sur l’ignorance du débat par le grand public et une justification matérielle de l’intégration européenne partagée à quelques nuances près par tous les acteurs politiques – ils apparaissent plutôt comme une force contribuant à la politisation de l’UE qu’appelle l’approche de Goulard et Monti.

Ces mouvements ne sont un risque pour l’UE que si ses institutions représentatives décident de les ignorer. Leurs discours – qui commencent à structurer ceux de certaines formations politiques comme la Syriza grecque – remettent en question les mécanismes de gouvernance de l’euro sans remettre en cause l’appartenance à la monnaie unique ou à l’UE. La critique vise les choix politiques – les policies en anglais – et non pas la communauté politique – la polity. Ces mouvements sont d’autant plus importants qu’ils ont vocation à s’européaniser à travers des manifestations paneuropéennes et l’organisation de réseaux. Ils sont donc des vecteurs de la création d’une opinion publique européenne.

Les institutions et partis européens ont alors intérêt à faciliter leur accès à l’agenda européen. Bien entendu cela ne veut pas dire qu’ils soient forcés de changer leurs politiques : le moment d’établir les orientations politiques sont les élections. Mais les pouvoirs représentatifs doivent aussi se justifier au quotidien. Le risque d’éviter un débat réel sur les choix politiques est que les mouvements critiques des policies globalisent leur critique à l’ensemble de la communauté politique.

Luis Bouza García

Coordinateur Académique des Études Européennes Génerales au Collège d’Europe.

Pour aller plus loin

  • « Zone euro : les États contre la démocratie »: le journaliste Jean Quatremer montre du doigt l’absence de débat réel sur les recettes contre la crise au sein des institutons.
  • Pierre Rosanvallon (2006) La Contre-démocratie, Editions du Seuil. Ce livre met en valeur que la défiance n’est pas une manifestation anti-démocratique mais plutôt de l’organisation des citoyens pour agir en contrepouvoir.
  • Sylvie Goulard et Mario Monti (2012) De la démocratie en Europe. Flammarion. Les auteurs examinent l’intégration européenne à l’aune de la réflexion d’Alexis de Tocqueville sur l’égalité des conditions politiques, qu’il s’agit de bâtir à l’échelle européenne.
  • Euroscepticism in Southern Europe: a Diachronic Perspective: Un numéro spécial du journal académique comparant l’évolution de l’euroscepticisme dans les pays du sud d’Europe. Paru en 2011.
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About luisbouzagarcia

I am the academic coordinator of the EG courses at the College of Europe. I am an alumnus of the CoE (Natolin campus). In 2012 I finished my PhD in Aberdeen with a thesis on the role of civil society in the discussions on participatory democracy in the EU. I am interested on the ongoing debates on the legitimacy of the EU and in how debates and different social actors contribute to the emergence of European Public sphere. Twitter profile: @luisbouzagarcia

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